Bonjour vous !
Et bonne année.
J’ai tellement de choses à vous raconter...
Commençons par Thermes. Mi décembre, je suis partie avec Gwen. Nous voulions rejoindre un petit village en Thrace, à la frontière bulgare. Ce petit village, il avait la double
particularité d’être peuplé de Pomacks (des musulmans parlant un dialecte bulgare), et d’abriter des sources d’eau chaude. L’idée était donc de passer quelques jours à se baigner dans l’eau
fumeuse, en regardant la neige tomber sur les montagnes bulgares, et à rencontrer les Pomacks. Et bien on a fait ça, mais pas seulement.
Tout a commencé avec la neige. Le temps était mauvais, les bus ne passaient pas. Alors on a pris le train, et puis on a fait du stop.
On a vus passer des caisses et des caisses de familles gypsies , entassées à 6 dans des tacots boueux et colorés de l’intérieurs par les foulards des femmes. Aucun d’entre eux n’a
pu nous prendre. Ils étaient trop nombreux. On a marché, puis un type nous a pris, et on a écouté Dassin. « L’Eté indien » en plein hiver
dans les montagnes Greco-bulgares, c’était…intéressant.
Ensuite on a encore marché, jusqu’à ce que la police nous prenne, et nous amène au village le plus proche. En nous conseillant toutefois vivement de rentrer à Xanthi (la ville d’où on était parti). On a bu un chocolat, discuté avec le barman, l’ami du barman, l’ami de l’ami du barman, et un type dans la rue
qui mettait des chaînes à sa voiture. Celui là allait dans notre direction, alors on est partis avec lui. On est allés jusqu’à Echinos. Petit village dont nous ignorions l’existence, en plein
territoire Pomack.
La nuit est tombée pile poil pour notre arrivée là bas. Alors nous sommes entrés dans le premier bistrot venu, de ceux qui sont remplis
d’hommes aux cheveux plus ou moins gris, dont le sol est couvert d’un carrelage marron ou vert, qui pue la clope et dont l’ampoule accrochée au plafond ne fonctionne pas bien.
Là, on a demandé si quelqu’un allait vers Thermes, ou si quelqu’un savait où l’on pourrait passer la nuit. Un des hommes (Ismaïl, il portait des santiags) a répondu « Oui,
chez moi ». On était encore debout dans l’entrée du bar, nos sacs sur le dos, les pieds trempés de neige, qu’Ismaïl appelait sa femme (au nom imprononçable) pour lui demander d’allumer le
soba et de nous faire à dîner.
Nous avons dîné chez lui, sans chaussures et avec les chaussettes que Galu-Galu (ainsi fût surnommée la femme au nom imprononçable) nous a refilées pour nous réchauffer. On a mangé
par terre, dans un grand plateau, à la turque.
Le lendemain, on était devenus les mascottes du village. Les hommes m’ont adorée, parce que j’étais éduquée, que je buvais, que je dessinais, et que j’étais en couple avec Gwen
(donc dans une situation respectable). Les femmes ont adoré Gwen, parce qu’il était aimable, qu’il cuisinait, qu’il faisait du crochet, et qu’il était attentionné avec moi.
On passait nos journées dehors, à dessiner, photographier, et parler avec les Pomacks. Beaucoup se définissent comme turcs, certains comme Pomacks, peu comme Bulgares, et aucun
comme grec.
Les soirées, on les passait avec les femmes d’abord, dans les maisons à tricoter ; et puis avec les hommes, à jouer au tavli dans les bars en buvant du thé (religion oblige).
C’est seulement en fin de soirée, quand on rejoignait la bande des solitaires chez le vendeur de boukatsa (tarte feuilletée si on veut), qu’on buvait du whisky en écoutant de la musique
turque.
Les solitaires nous ont emmenés à Thermes, nous péter la panse à manger la meilleure viande du monde, en grillades au citron. On en a profité pour plonger dans l’eau chaude et
regarder la neige, et puis on est rentrés, en parlant de la chute du cours du tabac, et de l’exode des Pomacks vers l’Allemagne et la Hollande.
En quittant Echinos, on avait dans les poches des dessins, des pellicules et des pellicules d’argentique, quelques adresses et une idée plus claire sur la situation des Pomacks en
Grèce.
On est invités à la Pâque musulmane, au mariage du fils d’Ismaïl avec une Pomack de Turquie, et on sait que la plupart des musulmans là bas ne boivent effectivement pas, mais que
leur vice, c’est le jeu.
J’ai fini par rejoindre Prespa, et j’ai travaillé comme une dingue jusqu’aux vacances de Noël. Pour une brochure touristique à
designer. J’avais dix jours pour faire 32 pages. Je les ai faites, mais j’ai peu dormi.
Pour Noël, mes parents, mon frère et Gwen étaient à Prespa. Mes parents ont remeublé la maison et rangé la cuisine (je parle de réorganisation fondamentale là), mon frère a
dévergondé Ludmila (ma nouvelle colocataire slovaque), et Gwen a cuisiné. Ils n’ont pas mis un pied dehors, mais ils sont partis contents.

J’ai passé le Nouvel An de bonne humeur. Ceci dit, la soirée était minable. J’ai loosé dans les rues d’Athènes avec quelques autres
gens, sous la pluie, en pensant à mes amis avec lesquels je n’étais pas.
Et puis je suis rentrée et j’ai retrouvé mes colocs. On a continué comme avant 2008, à travailler, à faire la fête, à balbutier du grec et à boire et danser en se disant qu’on
s’aime très fort.
La semaine dernière, enfin, nous avons distillé notre tsipouro. Depuis
Septembre nous faisions cuver des centaines de kilos de raisins (cinq pour être précise), nous allumions des feux près de la cuve pour la réchauffer, nous nous inquiétions, nous attendions
impatiemment, et PAF, voilà, ça y est, nous l’avons notre tsipouro.

La nuit à la distillerie n’a pas été mémorable. On s’est entassés les uns sur les autres en s’endormant plus ou moins à regarder un filet d’alcool transparent s’écouler d’une grosse cuve en
cuivre jusqu’à trois heures du matin.
Et après une deuxième distillation -pour raffiner notre alcool-, nous disposons d’une quarantaine de litres.
Pour fêter ça, nous avons passé une nuit au Carnaval de Kastoria. Chaque premier weekend de Janvier, la ville de Kastoria organise un grand carnaval dans une petite rue, où tout le
monde vient danser, et écouter les brass-bands qui débarquent de tous les Balkans pour l’occasion.
C’était chouette ! On a rencontré un homme avec mille mains, et puis le plus beau des pirates ; on a volé une affiche et on l’a mise dans notre cuisine.
Nous étions arrivés en stop, alors nous avons voulu repartir en stop. C’était audacieux. On a fini par rentrer, mais après une nuit et une matinée pleine de marche et de
détours.














Ca valait le coup. Le lendemain, on est partis faire du bateau. Avec Pelecanos (le distillateur), sur le lac. C’était magnifique. Il nous a raconté des histoires et
des histoires sur Prespa et les oiseaux. Certaines étaient vraies. D’autres non, il est un peu mythomane. Et c’était encore mieux comme ça : on l’écoutait comme des enfants avec des yeux
émerveillés. Peu importe qu’elles aient vraiment existé, ses histoires : on les a vraiment imaginées.








Ces jours-ci, je travaille sur le projet Caravane. Ca y est, on a les sous, on va le créer ce spectacle, grâce à des Suédois, des Grecs, des Polonais, des Turcs, des Russes et des
Roumains ! (plus une petite équipe hispanico-turquo-slovaquo-franco-polonaise).
Et j’ai fini le premier jet du livre pour enfants. Voilà :D
Je vous embrasse
anne