Je vais vous raconter l’histoire de trois enfants qui vivaient dans une grande vallée.
Nefeli habitait avec des pêcheurs, au bord de grands lacs magiques qui changeaient de couleur régulièrement. Ils étaient bleus au printemps, verts en été, oranges en automne, et blancs en hiver, parce qu’ils se couvraient de glace. Et ils étaient pleins de poissons qui passaient l’année à dessiner dans l’eau. Un des petits poissons s’appelait Léon, il était ami avec Nefeli.
Bene habitait un village de bergers qui tenait en équilibre entre deux montagnes. Le petit garçon était né près d’une grande forêt, et passait son temps dans les arbres. Il s’asseyait au sommet du plus haut d’entre eux et regardait les habitants de la vallée, pêcher, garder les bêtes et jouer entre les maisons. A force de vivre en forêt, il avait même appris à parler aux plantes. Il leur chantait souvent des histoires d’hommes, en soufflant comme le vent entre les branches des arbres.
Pavlos, lui, vivait avec sa grand-mère dans une maison un peu rabougrie entourée d’un tas d’autres maisons rabougries au pied de la montagne. Certaines maisons n’avaient ni plancher, ni toit, ni porte. Et plus personne n’y habitait : les propriétaires étaient partis il y a longtemps, à cause de la guerre.
Et oui, car des années plus tôt, la guerre avait envahi la vallée.
Tous les habitants du village de Pavlos étaient partis à cause de ça. Et depuis ce temps là, des frontières invisibles séparaient les villages, et les empêchaient de communiquer. Pavlos était resté tout seul avec sa grand-mère Héléni qui avait de longs cheveux blancs qu’elle lavait tous les jours. Heleni était aveugle, alors tous les matins, Pavlos allait chercher de l’eau pour qu’elle puisse laver ses cheveux.
Il faut dire qu’ Héléni avait des cheveux étonnants. Deux fois par an, l’un d’eux prenait feu, de lui-même, à la fin de l’été et au début du printemps. Et chaque année, à ce moment précis, quand son cheveu tout blanc brûlait un des premiers jours de septembre, les grands oiseaux du lac, les pélicans, s’envolaient pour passer l’hiver plus au Sud. Les plus blancs d’entre eux allaient jusqu’en Afrique. Puis, en février, quand son second cheveu brûlait, on voyait les pélicans réapparaitre, le bec plein de poissons de mer. Ils survolaient le village abandonné et laissaient tomber leurs friandises dans les paniers qu’Héléni laissait pour eux devant la maison. Certains disent que ces poissons venaient du ciel, pas de la mer, et qu’ils donnaient l’étrange pouvoir de parler aux oiseaux et au lacs.
Un matin d’été, Nefeli et Léon jouaient dans le lac, à se cacher entre les barques des pêcheurs. Ils plongeaient dessous, réapparaissaient derrière, replongeaient un peu plus loin, tant et si bien qu’ils dépassèrent pêcheurs et poissons, et se retrouvèrent tous seuls au beau milieu du lac, à l’endroit où l’eau a une couleur presque noire. Ils continuèrent à jouer, et puis décidèrent de rentrer parce que la nuit tombait déjà. Ils nagèrent longtemps, jusqu’à ce qu’ils ne voient plus rien. Léon commença à s’inquiéter, Nefeli avait froid. Il faisait des ronds dans l’eau autour de ses pieds pour la réchauffer. Ils atteignirent finalement la berge. Mais cette berge là n’était pas la leur, Nefeli ne retrouvait pas le chemin de son village. Léon lui proposa de passer la nuit sur la rive. Nefeli accepta, et s’endormit rapidement.
Le lendemain matin, quand elle ouvrit les yeux, Pavlos était à côté d’elle, et la regardait. Quand il vit qu’elle était réveillée, il lui dit :
« - Bonjour, comment tu t’appelles ?
- Nefeli, et toi ? répondit-elle.
- Pavlos. Qu’est ce que tu fais là ?
- Je suis perdue. J’ai passé la nuit ici avec mon ami Léon le poisson. » dit-elle en montrant Léon, qui salua Pavlos d’un joli rond dans l’eau.
Pavlos sourit, fit un tour sur lui-même pour saluer Léon, et proposa à Nefeli de l’amener chez sa grand-mère. Peut être qu’elle pourrait l’aider à retrouver sa route. Nefeli accepta, et tous les deux partirent pour le village abandonné.
Ce matin là, Bene était assis sur la plus haute branche de son arbre, et regardait le lac. Il vit Nefeli qui dormait, il vit Pavlos arriver avec son seau, et les deux enfants repartir ensemble. Bene savait bien que Nefeli venait du village de pêcheurs et qu’elle jouait souvent avec Léon. Il savait bien aussi que Pavlos vivait seul avec sa grand-mère, et allait chercher de l’eau pour ses cheveux. Mais il n’avait encore jamais vu, du haut de son arbre, ces deux enfants parler ensemble. Il n’avait jamais vu, à vrai dire, aucun habitant d’un village parler avec l’habitant d’un autre village. Il aimait bien la façon dont Nefeli jouait avec Léon. Et la manière dont Pavlos marchait quand il allait chercher de l’eau. Il décida de les rejoindre, dégringola du haut de l’arbre en s’accrochant de branche en branche, et courut entre les arbres de la vallée, dans la direction du village abandonné.
En approchant de la maison, Nefeli et Pavlos virent Héléni qui regardait dans leur direction, de son regard bleu, fixe et vide. Elle attendait son petit fils, et était impatiente d’apprendre qui était cette jeune fille qui l’accompagnait. Bien sûr elle ne pouvait pas la voir, mais elle pouvait l’entendre, et la sentir. Elle pouvait deviner au bruit de ses pieds sur les pierres que ses orteils étaient humides. Elle entendait des gouttes d’eau tomber de ses cheveux, et elle crut même un instant que Nefeli était une fée du lac, une créature d’eau qui venait lui rendre visite et lui parler des pélicans. Mais quand Nefeli s’arrêta, interdite, devant la vieille femme aux longs cheveux blancs, celle-ci sentit l’odeur des barques et des filets sur ses mains, et des algues autour de ses chevilles. Elle devina que la fillette venait du village des pêcheurs. Elle sourit à l’idée que Nefeli soit entrée dans le village abandonné, et parle à son petit fils, malgré la frontière invisible qui séparait les trois villages depuis tellement d’années. Elle se souvint d’un autre temps, quand les habitants des villages faisaient la fête tous ensemble en été, tous les soirs, pour célébrer les couleurs du lac, les poissons des pêcheurs, les agneaux des bergers, et les enfants courant dans les rues du village qui n’était pas encore abandonné. Un nuage passa sur sa tête quand elle se rappela des guerres qui avaient suivi. Ses yeux bleus devinrent gris, et elle dut les fermer un instant pour retrouver leur couleur d’origine. Après tout, tout cela datait d’il y a bien longtemps, et plus personne ne s’en souvenait.
La vieille femme invita les enfants à déjeuner, et les pria d’attendre avant d’entrer dans la maison, parce qu’un jeune garçon courait vers eux, et les rejoindrait bientôt. Sur ces paroles, elle leur ferma la porte au nez, pour aller préparer le poisson.
Quand la porte claqua, les enfants aperçurent Bene. Il entrait dans le village abandonné, et n’osait plus trop avancer. Nefeli vint à lui, l’entraîna par le bras, et entra dans la vieille maison avec ses nouveaux compagnons.
Toute l’après midi, on entendit des rires sortir de la maison, et aller rebondir jusque dans la montagne. Avant que la nuit tombe, Nefeli et Bene quittèrent le vieux village en promettant de revenir, et s’enfoncèrent qui dans les bois, qui dans le lac, pour rentrer chez eux.
Ils revinrent le lendemain, et le jour d’après, et le jour suivant, en apportant des poissons du lac (les vieux amis de Léon), des lièvres de montagne et des jeux, venant du haut des arbres ou du bord de l’eau.
Tous les matins, ils allaient tous les trois chercher de l’eau pour Héléni, jouaient avec Léon et puis grimpaient aux arbres.
Un soir, Héléni coiffait ses longs cheveux blancs pendant que Nefeli jouait à se parer de plumes de pélicans, et que Bene et Pavlos jonglait avec les gouttes de rosée glacée qu’on trouve sur le lac en hiver. Nefeli leva les yeux vers la vieille femme, et lui dit :
« Grand-mère, pourquoi tu ne vois plus ? Tu nous décris les pélicans du Grand Lac presque tous les jours. Tu nous préviens des changements de couleur de l’eau. Tu n’étais pas aveugle avant ? »
Une grosse larme bleue perla sous chacun des yeux d’Héléni, qui se ternirent jusqu’à devenir gris. Elle poussa un gros soupir, prit une tasse de thé des montagnes, fit sonner trois fois ses ongles contre la terre cuite de la tasse, et commença son récit.
Quand elle était enfant, elle était très curieuse, et avait en permanence les yeux grands ouverts et brillants pour voir et comprendre le plus de choses possible. A cette époque, les habitants des trois villages passaient leur temps les uns chez les autres. Les pêcheurs apportaient du poisson dans les maisons du village d’Héléni, et les montagnards organisaient de grands dîners où tout le monde mangeait de l’agneau. Les enfants couraient tous les soirs sur la place du village qui n’était pas abandonné, pour écouter des histoires sur le lac, et voir l’ombre des pélicans passer sur les maisons quand ils s’envolaient vers l’Afrique.
Une nuit, un grand-père leur avait raconté une légende étrange. Elle parlait d’un secret gardé par le lac, qui, s’il était découvert, perturberait les rapports entre les villages. Héléni demanda au grand-père si ce secret était beau. Le vieil homme tout en noir lui avait répondu qu’il ne l’avait pas vu lui-même, mais qu’on disait qu’il était aussi beau que la vallée toute entière.
La jeune Héléni décida de trouver ce secret. Avec ses grands yeux ouverts et curieux, elle chercha dans tous les villages, auprès de tous les habitants. Et elle alla marcher près du lac, pour s’imprégner de son mystère.
Un soir qu’il changeait de couleur, elle nageait près de la berge, et elle vit quelque chose de lumineux sortir des eaux profondes, et voler tranquillement jusqu’à une niche cachée dans un flanc rocheux. Elle plongea jusqu’au flanc de roche contre lequel clapotait les vagues du bord du lac, et aperçut un escalier de pierre qui descendait jusqu’à sa hauteur. Elle monta l’escalier et découvrit une petite chapelle dans la falaise rocheuse. A l’intérieur de la chapelle il y avait des peintures partout, à même les murs. Il y avait des personnages, dont une femme, au regard très sage, qui portait un enfant dans ses bras. Devant le front de l’enfant flottait un objet si beau qu’aujourd’hui encore elle ne pouvait pas le décrire. L’objet se mit à chanter avec la voix du vent et du lac. Les voix endormirent Héléni. Quand elle ouvrit les yeux, le lendemain, elle ne voyait plus rien. Elle nagea lentement jusqu’à son village, où ses parents l’attendaient, très inquiets, parce que la guerre avait été déclarée entre la vallée et l’extérieur. La guerre fit rage, et puis passa. Mais très peu après, ce sont les trois villages qui firent la guerre entre eux, et dessinèrent des frontières à travers la vallée. Petit à petit, ces frontières détruisirent tout rapport entre les habitants.
Malgré la guerre, Héléni avait trouvé un mari, fait des enfants, qui avaient eux même fait d’autres enfants, dont Pavlos. Les parents d’Héléni étaient morts, comme beaucoup d’autres gens, au cours des attaques dans la vallée. Et beaucoup de ceux qui n’étaient pas morts avaient quitté l’endroit.
Puis, le mari d’Héléni mourut, pendant la guerre entre les trois villages ; il mourut avec leurs enfants, un soir où leur maison prit feu. La grand-mère était restée seule avec Pavlos dans une maison abandonnée.
Depuis cette époque, elle était aveugle, et deux fois par an, un de ses cheveux prenait feu, marquant la départ ou le retour des pélicans.
Quand Héléni termina son récit, un grand silence envahit la petite maison rabougrie. Nefeli, Pavlos et Bene partirent se coucher. Mais au lieu de dormir, ils décidèrent de retrouver le secret du lac, et de lui demander de rendre son regard à Héléni, et de réconcilier les villages.
Le lendemain, Nefeli courut voir Léon, et lui demanda s’il savait où se trouvait l’objet lumineux des profondeurs du lac. Léon ouvrit de grands yeux de poisson étonné, et plongea dans le lac, après avoir donné rendez vous à la jeune fille : sur la berge du village des pêcheurs, dans sept jours.
Pendant ce temps, Bene se promenait en forêt. Il monta en haut de son arbre pour mieux réfléchir au problème et regarda la vallée d’un œil intrigué. Soudain, il eut une idée. Il se mit à chanter, avec la voix douce et profonde du vent quand il chante dans les branches des arbres. Le vent lui répondit, et ils entamèrent une discussion que personne ne pouvait comprendre.
Au même moment, Pavlos allait chercher de l’eau pour les cheveux de sa grand-mère. Des pélicans passèrent au dessus de lui, et leur grande ombre dessina des motifs sur le sol. Pavlos écrivit ces motifs sur le sable qui séparait les deux lacs de la vallée, et les dessina encore sur la berge tout près de l’eau, pour que le lac puisse les lire.
Le lendemain, l’eau avait effacé les caractères. Le surlendemain, le lac avait tracé d’autres motifs sur la berge. Le jour d’après, Pavlos vit un pélican dans les airs, et se mit à courir, à danser sur le sol, pour reproduire avec son corps les motifs tracés par le lac.
L’oiseau vit la danse du garçon. Quand Pavlos s’écroula par terre, épuisé, le pélican s’enfuit à grands coups d’ailes en direction des lacs, et entama un chant de pélican qui s’adressait aux eaux les plus profondes.
Son chant dura longtemps. Et puis ce fut le tour des lacs. Pendant plusieurs jours, on entendit tour à tour chanter le pélican, les lacs et le vent.
Finalement, le soir du septième jour, Nefeli alla chercher Bene dans son arbre, et Pavlos dans sa maison. Elle les emmena près des lacs, et ils attendirent Léon. Le poisson apparut juste avant que la nuit ne pose sa couleur sur l’eau, et il dit aux enfants :
« Ecoutez ! Quand la lune sera près de cette étoile-ci, » et il montra une étoile, « elle laissera tomber un rayon dans le lac. Ce rayon, c’est la clé pour ouvrir le secret que vous cherchez. Quand il tombera dans l’eau, vous vous accrocherez à moi et nous irons le pêcher. Ensuite, vous verrez. »
Les enfants acquiescèrent en silence.
La lune apparut entre les chants du vent, des lacs et du pélican. Elle blanchit lentement à mesure que noircissait le ciel, et quand elle devint si blanche qu’on ne voyait plus le lac, elle laissa tomber un rayon qui sombra dans l’eau noire. Léon et les enfants filèrent à sa poursuite, s’approchèrent, et l’attrapèrent avec leurs six mains, six pieds et deux nageoires.
Le rayon continua malgré tout à s’enfoncer dans l’eau, un peu plus lentement, voilà tout. Les enfants et Léon s’accrochèrent à lui, et l’accompagnèrent jusqu’au plus profond du lac. Le rayon et sa grappe de voyageurs touchèrent finalement le fond, et se laissèrent tomber dessus.
Il se passa alors quelque chose d’extraordinaire. Dès l’instant où le rayon s’immobilisa sur le sable du fond du lac, il disparut et rejaillit à la surface, d’où il vola tranquillement vers un flanc rocheux sur la berge, toujours encombré des enfants et du poisson, qui s’agrippaient à lui d’un air pas rassuré.
En s’approchant de la falaise, les enfants aperçurent la niche dont avait parlé Héléni. Tout était comme elle avait dit : il y avait un escalier de pierre qui menait à une chapelle. La chapelle était couverte de peintures, à l’extérieur et à l’intérieur. Le rayon vint se placer devant le front de l’enfant peint, entre les bras de la femme au regard sage. Nefeli, Pavlos et Bene lâchèrent le rayon, et coururent lancer Léon dans le lac, pour qu’il ne manque pas d’eau.
Puis ils revinrent vers les peintures. Et le rayon se mit à leur parler, avec la voix du vent et des lacs. Le vent soufflait dans la chapelle et faisait danser l’odeur d’eau autour des trois enfants. Il leur demanda ce qu’ils voulaient. Bene courut à l’extérieur chercher une branche d’arbre, pendant que Nefeli et Pavlos restaient là, interdits et fascinés par le rayon. Le petit des montagnes revint avec sa branche, et commença une danse grâce à laquelle le vent sifflait entre les feuilles. Bene expliqua au vent comment les trois enfants savaient que le secret des lacs avait volé le regard d’Héléni, et rompu les relations entre les villages. Il souffla qu’ils l’imploraient de rendre ses beaux yeux curieux à leur grand-mère, et aux habitants des villages de pouvoir briser les frontières. Alors que Bene achevait de formuler leur demande, les enfants virent un pélican se profiler dans la nuit noire. Le bruit de ses ailes d’abord, puis le son de son chant, vinrent clore leur réquisitoire.
Le pélican chanta longtemps, tantôt avec l’aide du vent, tantôt avec celle des lacs. L’oiseau décrivit la migration des pélicans. Il expliqua comment Heleni les aidait tous les ans, en appelant leur envol, en marquant leur retour. Les lacs témoignèrent comme elle prenait soin de ses cheveux, et comment Pavlos l’y aidait, chaque matin, en allant visiter un lac et puis l’autre, et en récoltant leur eau la plus pure. Ils parlèrent aussi de Léon, et de Nefeli, et de la manière dont ils préservaient la santé fragile du petit lac en donnant ses vieux poissons aux pêcheurs, et en empêchant les hommes de pêcher trop souvent. Puis le vent parla de Bene. Il raconta comment le jeune homme connaissait les plantes, et guérissait les hommes grâce aux herbes des forêts, il dit comment Bene avait convaincu son village de protéger les arbres, en évitant de les couper. L’oiseau expliqua encore le travail de ces trois enfants, et déplora le fait que leur sagesse ne soit connue que dans chacun de leurs villages, à cause des frontières invisibles qui empêchaient leur diffusion.
Il chanta ainsi toute la nuit, jusqu’à ce que les enfants s’endorment près du rayon, dans la chapelle. Quand ils se réveillèrent, le pélican n’était plus là, le rayon non plus. La chapelle semblait avoir vieilli. Les peintures sur ses murs étaient à moitié effacées ; les personnages peints n’avaient plus de visage. Seule la femme avait gardé ses yeux sages, et l’enfant son regard curieux.
Nefeli, Pavlos et Bene coururent à l’extérieur, jeter un coup d’œil sur le lac. C’était déjà l’été.
Ils dévalèrent les escaliers de pierre, nagèrent jusqu’à la berge, et se ruèrent vers le village abandonné. Héléni était devant la porte, et regardait dans leur direction. Ils se jetèrent tous les trois dans ses bras, et elle les embrassa en riant comme une enfant : elle avait retrouvé ses yeux ! Ils étaient grand ouverts et curieux, comme avant. Elle leur dit qu’ils avaient dormi longtemps, et que beaucoup de choses avaient changé dans les villages. Un garçon du village des pêcheurs allait épouser une fille du village des bergers. Le couple s’installerait dans le village abandonné. La fête aurait lieu le soir même.
Les habitants des trois villages participèrent, et l’on mangea de l’agneau, des poissons du lac, et des poissons de mer ramené par les pélicans. Tout le monde dansa jusque tard dans la nuit, dans des rondes à n’en plus finir, grâce aux musiciens venus de toute la région.
Depuis cette nuit là, tous les ans, en été, chaque village de la vallée organise une grande fête, où tout le monde vient danser.

